mercredi 15 février 2017

Le glamour (The Glamour), par Christopher Priest

Victime d'un attentat à la bombe, Richard Grey est un cameraman chevronné qui a couvert beaucoup de conflits. L'explosion de la voiture piégée lui a fait perdre la mémoire, qu'il tente de recouvrer dans un institut spécialisé. C'est alors qu'il reçoit la visite d'une jeune femme, Susan Kewley, qui prétend être une ancienne petite amie. Mais quand des souvenirs de sa vie passée lui reviennent, il se rend compte que Sue possède un don, le Glamour, qui lui permet de se rendre invisible...

Illustration de Bastien L.
S'il est un thème récurrent dans l'oeuvre de l'écrivain anglais, c'est bien la perception du réel tel qu'il nous est donné à voir et tel qu'il est véritablement. Je suis loin d'être un grand spécialiste de Christopher Priest, mais le peu que j'ai lu de lui (La Séparation, que j'espère pouvoir relire à l'occasion du Challenge Lunes d'encreLes Extrêmes, L'Adjacent et aussi Le Prestige (même si, pour celui-ci, je ne connais que l'adaptation de Nolan et compte bien le lire pour le challenge) m'y fait penser fortement. Des idées comme le double (jumeaux ou autre), les faux-semblants, les pertes de mémoires, les lieux cachés, les temps parallèles, etc. On retrouve tout ça dans les romans de Priest et celui-ci ne fait pas exception à la règle. Comme si Priest souhaitait étudier chaque facette d'un même diamant, de manière aussi précise que possible.

Si à mon goût il exerce son talent de conteur d'histoire et de manipulateur de lecteur de manière assez inégale (tout en restant tout de même bien au-dessus du panier, ne serait-ce qu'au niveau du style déployé), il a parfois des fulgurances. Le glamour fait partie de ses fulgurances. Car d'une histoire presque banale (un homme perd la mémoire suite à un traumatisme), comme on peut en voir des milliers dans les bibliothèques, Priest sait passionner son lecteur avec un roman différent. A croire que seul lui est capable de proposer ce genre de récit qui s'inscrit parfaitement dans sa thématique tout en jouant la carte de l'originalité.  

la couverture de la collection Lunes d'encre,
illustration signée Benjamin Carré
Dans ce livre, l'attention du lecteur est souvent attirée quelque part (un peu comme avec le fameux prestige du roman éponyme), tel un foulard rouge agité sous ses yeux. Et puis, sans crier gare, il finit par se rendre compte qu'il s'est fait avoir. Sans révéler quoi que ce soit de la fin de ce roman, histoire de ne pas divulgâcher le plaisir de lecture, on peut quand même dire que Le glamour se termine de manière extrêmement brillante. Le lecteur sort secoué d'une expérience comme rarement vécue ailleurs. Et comme en plus les 400 pages qui mènent vers cette conclusion inouïe sont excellentes, je ne vois pas comment vous pouvez encore rester là à lire cette pauvre chronique qui tente, tant bien que mal, de rendre justice à ce livre. Si vous ne l'avez pas déjà lu, précipitez-vous sur ce roman et dévorez-le. Vous ne pourrez qu'adorer vous faire manipuler à votre tour. Et si vous l'avez déjà dévoré, relisez-le...

Le glamour (The Glamour) - Gallimard FolioSF - traduction de Michelle Charrier - 416 pages - F8 - D.L. : février 2012

note : IV

A.C. de Haenne

Chronique écrite dans le cadre du Challenge Lunes d'encre :


dimanche 5 février 2017

The Expanse - Netflix

Avec son chargement de glace en provenance des anneaux de Saturne, le vaisseau-cargo Canterbury fait route vers une des stations de la Ceinture, afin de ravitailler celle-ci en eau. Après avoir reçu un appel de détresse, le capitaine finit par envoyer une navette de secours avec à son bord son officier en second, Jim Holden, et quatre membres d'équipage. Ils découvrent un vaisseau abandonné, le Scopuli. Qui a bien pu alors envoyer le SOS ?
Dans le même temps, sur une station ceinturienne, l'inspecteur Miller recherche une jeune femme disparue, Julie Mao. Assez rapidement, il comprend que la disparition de cette fille de riche est liée au Scopuli...

The Expanse (2015, 10x42'), série américaine de Mark Fergus & Hawk Ostby, avec Thomas Jane, Steven Strait, Shohreh Aghdashloo, Florence Faivre...

Tirée des romans The Expanse écrits par James A. Corey (pseudonyme du duo d'écrivains Daniel Abraham et Ty Franck, qui n'est autre que l'assistant de G.R.R. Martin), cette série en a gardé le nom général et, le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle fait partie des bonnes adaptations. Là, je sens la foule en colère qui s'insurge, prête à user de la violence pour demander des explications... Eh bien, si je peux me permettre de faire une telle affirmation, c'est que j'ai lu le bouquin, L'éveil du Léviathan (un beau bébé de plus de 600 pages paru par chez nous aux éditions Acte Sud dans sa collection Exofictions). Enfin, j'en ai lu les 130 premières pages (rentrez chez vous !) Bien assez donc (si, si...) pour me rendre compte de la qualité du bouquin et de son adaptation sérielle. Il va sans dire que dès que je trouve un créneau (de quelques jours, voire semaines), je me replonge dans le roman, même si je connais à présent les grandes lignes de l'intrigue. En l'occurrence, cela me permettrait d'éclaircir certaines subtilités qui ont pu/dû m'échapper, forcément.

Après cette (longue) introduction, que dire de cette série produite par la chaîne étasunienne SyFy (avec un budget visiblement assez conséquent pour chaque épisode) ? Contrairement aux romans où l'intrigue est, du moins au début, scindée  en deux arcs narratifs (avec pour titre de chaque chapitre le nom du personnage principal, "Holden" ou "Miller"), les scénaristes en ont ici ajouté un, où l'on suit un personnage qui n'arrive que dans le deuxième livre. Mais cette subtilité, loin d'alourdir le propos, donne de la complexité à l'ensemble en laissant voir les possibilités de conflits entre les différentes forces en présences. Mars et la Terre sont en effet les deux entités rivales. Toutes deux exploitent sans vergogne les stations de la Ceinture d'astéroïdes qui tentent de se rebeller. S'ajoutent à ça de mystérieux vaisseaux furtifs qui veulent provoquer une guerre entre Mars et la Terre... Tous les éléments d'une intrigue riche sont là, avec un background puissant et étoffé, avec un fort potentiel et que l'on pourrait qualifier d'original.


Ce qui fait la force de tout bon récit, qu'il soit sous forme littéraire ou visuelle (cinéma, série), c'est la qualité apportée à ses personnages. The Expanse ne fait pas exception à la règle. Aucun de tous ceux qui nous sont montrés à voir ici ne sont bons ou mauvais, ils sont tout simplement humains. Ils font des choix, pour leur survie, pour se racheter d'une faute passée ou parce qu'ils ont une haute idée de leur destin. Et je trouve que les acteurs collent tout à fait à leur personnage. Pas de stars dans cette série (aucune n'était libre, elles étaient toutes prises pour WestWorld), mais un casting juste qui nous aide à croire à cette histoire où l'intrigue se noue petit à petit, dans deux genres assez différents. Holden (Steven Strait) évolue dans un monde spatial où un conflit à l'échelle du système solaire est en train de se mettre en place. C'est du space opera pur jus avec des batailles spatiales certes courtes mais tout de même assez exaltantes. Miller (Thomas Jane), quant à lui, mène une enquête dans un milieu urbain parfois ultra-moderne (pour montrer qu'on est dans le futur). Mais parce que le futur n'est pas tout rose non plus, surtout dans des stations à des millions de kilomètres de la Terre, l'action se situe le plus souvent au niveau de bas-fonds forcément sombres et véritablement glauques. Le chapeau terrien de Miller lui donne un air old school, à la limite du film noir des années 40/50. C'est un enquêteur très hard boiled qui picole et s'en prend plein la tronche, à la manière d'un Mike Hammer.


Il y aurait encore bien des choses à dire à propos de cette série qui, si elle n'est pas parfaite, soigne tout de même son esthétique. Décors variés et soignés (certains font tout de même un peu cheap), objets technologiques très bien trouvés (le petit détail du portable de Miller qui est fendillé est tout simplement parfait de vérité), effets visuels dignes de certains films de cinéma, générique à couper le souffle. La direction photo est elle aussi très soignée, nous plongeant de manière très forte dans l'univers créé ici. Tout n'est pas parfait, mais les créateurs de cette série se donnent tout de même les moyens pour imprégner au mieux les spectateurs dans un univers complexe et riche.

Bref, vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé cette série. Si la description par certains de The Expanse comme "le Game of Thrones dans l'espace" me semble tout à fait putassière (ah, les affres du marketting...), il n'empêche qu'elle possède cette même ambition de mener loin le lecteur/spectateur, très loin de son quotidien. De le projeter dans un autre univers... Et de le faire bien.

note : III

A.C. de Haenne





mardi 31 janvier 2017

Challenge Lunes d'encre - Récapitulatif #1

Déjà un mois que le challenge Lunes d'encre a commencé et il est grand temps de faire un premier récapitulatif.

Nous sommes 19 paticipants, dont 16 ont validé leur participation en publiant sur leur blog un petit billet. Pour le moment, huit chroniques ont été publiées, écrites par six blogueurs différents.

Un lien permanent vers l'article permettant le dépot des chronique est disponible, en haut à droite de la page de ce blog (merci Xapur !)

Il est important aussi de rappeler ici que les inscriptions restent ouvertes jusqu'au 4 avril 2017. Avis aux amateurs !



Voici donc la liste des participants ayant au moins une chronique à leur actif :




Le Monts des Rêves (1) : Mes vrais enfants, par Jo Walton




A.C. de Haenne

P.S. : si vous constatez la moindre erreur ou un quelconque oubli, n'hésitez pas à le signaler en commentaire.

lundi 30 janvier 2017

Challenge Lunes d'encre - ma participation

Comme vous le savez, je suis l'instigateur du challenge Lunes d'encre. Et parce que le but de ce challenge, c'est aussi pour moi une manière de lire et de chroniquer des livres de la collection, il m'est apparu comme une évidence de participer à mon propre challenge. Or mon statut d'organisateur ne me permet pas de couper à ce petit billet. En toute modestie, voici le superbe logo du challenge :



Mes chroniques arrivent bientôt !

A.C.

jeudi 26 janvier 2017

Les pierres qui pleurent, par Danielle Martinigol

Les jumeaux Pierrel et Tim sont des habitués du château en construction de Guédelon. Avec leur amie Najoie, ils rencontrent deux autres adolescents, Tessa et Wally, dont la mère est castellologue. Pour tromper leur ennui, ils se mettent à enquêter sur un drôle de phénomène : certaines pierres du château "pleurent". C'est alors qu'ils se trouvent projetés au XIIIème siècle, où ils font la connaissance de Pacqueline, une jeune fille dont le père a des ennuis...

illustration de Elvire de Cock
Après maints rebondissements et d'aléas postaux, j'ai enfin reçu le dernier livre en date de l'écrivain bourguignonne Danielle Martinigol. En effet, j'avais été sélectionné pour une opération Masse Critique du site Babelio. La bibliographie de l'auteur compte pas moins de quarante romans, en solo ou avec son compère Alain Grousset (sous le pseudonyme de Kim Aldany), dont certains ont été maintes fois primés. J'avais eu la chance de rencontrer Danielle, qui m'avait fait part de ce projet de romans autour du chantier d'archéologie par le réel mené à Guédelon. Un projet porté par la petite structure éditoriale qu'est ActuSF.

C'est donc avec une certaine impatience que je souhaitais me plonger dans ces Pierres qui pleurent. Un premier livre qui en appélera d'autre j'imagine... Et je dois bien avouer ici que ce roman n'a pas tout à fait répondu à mes attentes.

En effet, ce qui m'a un peu rebuté dans ce livre, c'est le style déployé par l'auteur. Il m'a paru un peu trop mécanique. Pas assez fluide. Et c'est dommage parce que cette histoire de gamins qui, à la manière de ceux du Club des 5, enquètent sur des phénomènes extraordinaires est très sympathique. Alors peut-être suis-je trop vieux pour apprécier ce roman à sa juste valeur ? Car le voyage dans le temps n'a vraiment rien de science-fictif. Il relève plus de l'urban fantasy. Un peu comme Harry Potter qui se rend dans le monde de la magie sur le quai 9 3/4... Il faut dire que le monde médiéval est très bien rendu, même si pas assez exploité à mon goût personnel.

Bref, si la déception est réelle, il n'empêche que j'ai passé un très bon moment en lisant cette histoire fort sympathique qui donne très envie d'aller visiter le château de Guédelon (le chantier fête d'ailleurs cette année ses vingt ans). On a encore un petit peu de temps puisque la fin de la construction est prévue pour... 2025 (estimation) !

Franchement, pour 5€, ne vous privez pas d'une lecture rapide et très agréable dans l'ensemble. 

note : II

A.C. de Haenne


vendredi 20 janvier 2017

Rogue One : A Star Wars Story

Ingénieur de l'Empire Galactique, Galen Erso est venu se cacher sur la planète Lah'Mu avec sa femme Lyra et sa fille Jyn. Mais les troupes menées par Orson Krennic le retrouvent, tuant sa femme avant de l'embarquer. Seule sa fille parvient à leur échapper, se réfugiant dans une cachette prévue à cet effet. Elle finit par être secourue par un étrange personnage...
Quinze ans plus tard, Jyn se retrouve dans un camp de travail de l'Empire. Elle est libérée par un groupe de l'Alliance Rebelle, dirigé par le capitaine Cassian Andor, qui l'emmène dans une base secrète de l'Alliance, pour y être interrogée...

Rogue One : A Star Wars Story (2016, 2h13), film américain de Gareth Edwards avec Felicity Jones, Diego Luna, Forest Whitaker, Madds Mikkelsen, James Earl Jones (voix)...

Depuis le rachat de Lucasfilm par Disney (2012), le studio hollywoodien a décidé de se rembourser au plus vite. Qui les en blâmerait ? Pas moi. D'autant qu'ils mettent très rapidement en chantier la production d'une nouvelle trilogie Star Wars (achevant ainsi le projet initial de Lucas qui, dès le début, avait prévu une triple trilogie mais, voyant son grand âge arriver, avait fini par abandonner l'idée), très certainement la franchise la plus rentable de la boîte de George Lucas (qui, pour mémoire, contient aussi la license Indiana Jones, dont on nous promet un cinquième opus). Dès décembre 2015, on a donc droit à un septième épisode : Le Réveil de la Force. Le très bon faiseur J.J. Abrams retrouve les anciens héros et réssuscite la saga créée/détruite par George Lucas en 1977/1997. Mais pourquoi se contenter d'une seule nouvelle série de films quand on peut en faire deux (voire plus, bien sûr, pour nous servir du Star Wars tous les Noël qui nous reste à vivre, ad nauseam) ? Eh bien, chiche ! Entre deux épisodes de la saga "officielle", issue de la grande histoire (avec Luke Skywalker, Princesse Leïa, Han Solo, etc.), on aura donc droit à des "Story", des petites histoires qui nous raconteront pourquoi le sabre-laser de Yoda était vert et non pas bleu comme les autres Jedis (ne vérifiez pas, je viens de dire la première idée qui m'est passée par la tête, mais si vous voulez quand même commenter ça, go ahead, make my day !) Si vous vous souvenez, au tout début de l'épisode-un-mais-en-fait-c-est-l-épisode-quatre, le bandeau déroulant nous explique que « Des espions rebelles ont réussi à voler les plans secrets de l'arme ultime de l'Empire, l'Étoile de la mort, une station spatiale blindée avec assez d'énergie pour détruire une planète entière ». Voilà donc pour la base du scénario du présent film. On confie donc le projet au réalisateur britannique qui a deux films remarquables à son actif : le très prometteur Monsters (2010) et le très controversé Godzilla (2014). On prend une jeune fille plutôt jolie et qui ne se laisse pas faire (exactement comme dans l'épisode 7) et on lui colle tout une bande de sidekicks (avec, pour certains, une dose d'ambiguité bienvenue dans un monde somme toute assez manichéen d'habitude) et un androïde qui n'a pas sa langue dans sa poche. On ajoute à ça quelques clins d'oeil, des effets visuels assez impressionnants (dont des zombies numériques ; R.I.P. Carrie Fisher), la traditionnelle bataille dans l'espace, etc. On met le tout dans le shaker, on secoue...

Mais contre toute attente, le resultat final n'est pas si mal que ça, réservant même quelques belles surprises. Bon, il est tout de même préferable de ne pas chercher ici un film trop intellectuel si on ne veut pas être déçu mais l'ensemble se tient et se laisse tout à fait regarder. Une très bonne porte d'entrée dans l'univers pour ceux (les malheureux) qui ne connaitraient pas l'univers Star Wars (oui, je sais, je trouve cette phrase bizarre en l'écrivant). Revoir cet épisode III 1/2 juste avant d'enchainer avec le IV va être pour moi une expérience très intéressante je pense (et une bonne excuse pour me refaire LA trilogie).

note : III

A.C. de Haenne





lundi 9 janvier 2017

Challenge Lunes d'encre - Dépot des Chroniques

Alors que les inscriptions continuent d'être validées, il est grand temps pour moi de vous permettre de déposer vos chroniques. Oui, je sens que vous trépignez d'impatience derrière vos écrans, les doigts tremblants juste au-dessus de votre clavier. Eh bien, votre torture n'a que assez duré.

Mais pour être valable, une chronique doit comporter quelques éléments qu'il est toujours bon de rappeler (on ne sait jamais).

Outre le fait qu'elle concerne uniquement vos lectures de la collection Lunes d'encre (ou si réédition, la couverture d'origine doit être visible), la chronique doit obligatoirement mettre en évidence un lien vers ce blog et montrer ce (superbe) logo :



A présent que ces petits points de règlements ont été rappelés, vous pouvez déposer vos chroniques :




A.C. de Haenne


P.S. : un grand merci à Hélène (qui se reconnaîtra) pour son aide très précieuse sur ce coup-là. Que ferais-je sans toi ?