Le Cercle de Farthing (Farthing), par Jo Walton

1949, en Angleterre. Un meurtre est commis dans le célèbre manoir Farthing, où se réunit régulièrement le "Cercle de Farthing", un groupe de réflexion conservateur qui compte bien peser de toute son influence sur la politique nationale. La victime n'est autre que Sir James Thirkie, brillant jeune homme politique promis à un grand avenir, principal artisan de la "paix dans l'honneur" signée huit ans plus tôt avec Hitler. Est-ce un crime politique perpétré par des communistes ? A-t-il été commis par des Juifs qui voulait se venger de l'abandon de leur peuple à la barbarie nazie par l'Angleterre ? Ou bien encore rien de tout cela ? Un grand mystère règne sur le manoir Farthing. L'inspecteur Carmichael est chargé de l’enquête...

illustration de Michael Trevillion (photo)
Après le fabuleux Morwenna (souvenez-vous, on en parlait, ici), voici donc le deuxième roman de Jo Walton qui paraît par chez nous. Mais alors que Morwenna était le neuvième (sur onze, douze si on compte son livre de critiques de bouquins) titre que l'auteure galloise publiait en V.O., celui-ci était le quatrième. Pour être tout à fait complet, on peut dire que ce Cercle de Farthing fait partie d'un cycle, "Le Subtil Changement" (une trilogie ?) Alors, lorsque Hélène Daucé, la gentille tenancière du blog La Prophétie des Ânes m'a proposé de me le prêter, je n'ai pas pu refuser. Ben oui, comment refuser du Jo Walton ? Hein, franchement...

Bon, alors, Le Cercle de Farthing, qu'est-ce que c'est ? Tout d'abord, il s'agit d'une uchronie. Et qui dit uchronie, dit point de divergence. Dans ce roman, il se situe quelque part où se jouait le nœud de l'intrigue du superbe roman de Christopher Priest, La Séparation. En effet, l'auteur britannique nous narrait un fait assez peu connu de l'Histoire de la Seconde Guerre mondiale, c'est-à-dire l'arrivée au Royaume-Uni d'un émissaire du Troisième Reich pour négocier un traité de paix entre les deux nations et ainsi laisser à Hitler la possibilité de se focaliser sur le front russe... Dans Le Cercle de Farthing, Rudolph Hess n'est pas emprisonné et entame donc de vraies négociations qui aboutiront, dès 1941, à une paix séparée (de l'allié français dont le territoire sera par la suite intégré à l'empire germanique). Winston Churchill est évincé et Sir James Thirkie part sur le continent pour signer le traité de "Paix dans l'honneur".

Même si l'aspect uchronique du roman de Jo Walton n'est pas anecdotique (c'est même la base d'un monde alternatif qui nous est donné à voir par petites touches bien révélatrices), Le Cercle de Farthing est avant tout un livre qui nous raconte une enquête policière. C'est même un véritable Whodonit assez bien troussé que n'aurait pas renié Agatha Christie. C'est aussi une belle plongée dans l'univers impitoyable de la société anglaise encore régie par un système de classes très strict, où il ne fait pas bon être Juif, ni communiste ou bien encore homosexuel. 

Le roman jongle habilement entre deux lignes narratives. La première, en narrateur externe, suit l’enquête de l'inspecteur Carmichael, qui fait preuve d'une belle intelligence et d'un peu moins d'a priori sur les Juifs et les homosexuels que ses subordonnés. La deuxième, à la première personne du singulier, suit les réflexions de Lucy Kahn, la fille des propriétaires du manoir Farthing, des aristocrates qui défendent une certaine vision de l'Angleterre. Sa mère a d'ailleurs vu d'un très mauvais œil que Lucy se marie avec un Juif, même très riche.

Alors, même si parfois on peut lui reprocher quelques petites baisses de rythme dans le déroulé de son intrigue, Le Cercle de Farthing est un excellent roman qui brouille souvent les pistes, réserve parfois de belles surprises et, surtout, se lit très facilement tant le style est fluide et limpide. La traduction de Luc Carrissimo (le même traducteur que pour Morwenna) y est très certainement pour beaucoup. Quitte à me répéter, félicitons tout de même ici la collection Lunes d'encre qui fait un boulot remarquable. Après le succès de l'excellent Morwenna, il était tout à fait logique d'aller chercher d'autres romans (celui-là est peut-être le plus accessible) d'une auteure qui risque de compter, Jo Walton. Et je tiens de source sûre que la suite est prévue pour octobre prochain, avec une nouvelle enquête de l'inspecteur Carmichael. Vivement !

Le Cercle de Farthing (Farthing) - Denoël - collection Lunes d'encre - traduction de Luc Carissimo - 346 pages - 21,50€ - D.L. :  janvier 2015

note : III

A.C. de Haenne

A lire aussi la chronique de Lorhkan...




Commentaires

  1. Le style de cette auteure est vraiment mauvais, j'ai du mal à comprendre qu'elle soit publiée en VF. Enfin bon.

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    1. Je le trouve assez fluide, moi, on contraire. D'habitude, quand un style est mauvais, j'ai tendance à m'en rendre compte. Là, jamais ma lecture n'a été contrariée parce qu'elle butait sur une phrase bancale ou trop ampoulée. Mais ça reste très subjectif, tout ça, non ?

      A.C.

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  2. Style mauvais, non. Simple (mais pas simplet) et accessible oui sans doute, mais la lecture n'en est que plus fluide.
    Un très bon roman pour moi, avec un fond uchronique très intéressant (et qui n'est d'ailleurs pas seulement qu'un fond).

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    1. On est bien d'accord ! L'uchronie, même si elle n'est qu'au second plan (c'est plus l’enquête policière qui est importante), n'en est pas pour autant un simple décor, ou une ornementation, juste pour faire joli. Elle a un vrai rôle à tenir dans l'histoire (l'Histoire). A voir ce que l'auteur va en faire pour les deux autres tomes...

      A.C.

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  3. Je rejoins Lorhkan, un style simple avec une sensibilité qui lui est propre.
    Dire que le style est mauvais revient limite à mépriser le lectorat qui lui reconnait du talent. Bref, je trouve le terme un peu (beaucoup) fort.
    Sinon tu en fais, comme d'habitude, une très belle chronique et ravi que ce livre t'ait plu.

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    1. Merci pour ton appréciation de ma chronique.

      Pour ma part, j'espère que ce livre va bien marcher et contribuer à avoir encore plus de Jo Walton chez nous !

      A.C.

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    2. Mille fois oui, ma fan-attitude envers Jo Walton n'est plus à prouver ;)

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    3. Bon, malheureusement, ce n'est peut-être pas le cas, s'il on en croit cette "information" :

      http://lunesdencre.eklablog.com/reassorts-semaine-12-a115160586

      A.C.

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  4. J'ai hâte de découvrir ce roman !

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    1. Oui, il vaut le coup d'être découvert. Je l'ai passé à ma compagne et pour le moment, elle le dévore.

      A.C.

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