Le glamour (The Glamour), par Christopher Priest

Victime d'un attentat à la bombe, Richard Grey est un cameraman chevronné qui a couvert beaucoup de conflits. L'explosion de la voiture piégée lui a fait perdre la mémoire, qu'il tente de recouvrer dans un institut spécialisé. C'est alors qu'il reçoit la visite d'une jeune femme, Susan Kewley, qui prétend être une ancienne petite amie. Mais quand des souvenirs de sa vie passée lui reviennent, il se rend compte que Sue possède un don, le Glamour, qui lui permet de se rendre invisible...

Illustration de Bastien L.
S'il est un thème récurrent dans l'oeuvre de l'écrivain anglais, c'est bien la perception du réel tel qu'il nous est donné à voir et tel qu'il est véritablement. Je suis loin d'être un grand spécialiste de Christopher Priest, mais le peu que j'ai lu de lui (La Séparation, que j'espère pouvoir relire à l'occasion du Challenge Lunes d'encreLes Extrêmes, L'Adjacent et aussi Le Prestige (même si, pour celui-ci, je ne connais que l'adaptation de Nolan et compte bien le lire pour le challenge) m'y fait penser fortement. Des idées comme le double (jumeaux ou autre), les faux-semblants, les pertes de mémoires, les lieux cachés, les temps parallèles, etc. On retrouve tout ça dans les romans de Priest et celui-ci ne fait pas exception à la règle. Comme si Priest souhaitait étudier chaque facette d'un même diamant, de manière aussi précise que possible.

Si à mon goût il exerce son talent de conteur d'histoire et de manipulateur de lecteur de manière assez inégale (tout en restant tout de même bien au-dessus du panier, ne serait-ce qu'au niveau du style déployé), il a parfois des fulgurances. Le glamour fait partie de ses fulgurances. Car d'une histoire presque banale (un homme perd la mémoire suite à un traumatisme), comme on peut en voir des milliers dans les bibliothèques, Priest sait passionner son lecteur avec un roman différent. A croire que seul lui est capable de proposer ce genre de récit qui s'inscrit parfaitement dans sa thématique tout en jouant la carte de l'originalité.  

la couverture de la collection Lunes d'encre,
illustration signée Benjamin Carré
Dans ce livre, l'attention du lecteur est souvent attirée quelque part (un peu comme avec le fameux prestige du roman éponyme), tel un foulard rouge agité sous ses yeux. Et puis, sans crier gare, il finit par se rendre compte qu'il s'est fait avoir. Sans révéler quoi que ce soit de la fin de ce roman, histoire de ne pas divulgâcher le plaisir de lecture, on peut quand même dire que Le glamour se termine de manière extrêmement brillante. Le lecteur sort secoué d'une expérience comme rarement vécue ailleurs. Et comme en plus les 400 pages qui mènent vers cette conclusion inouïe sont excellentes, je ne vois pas comment vous pouvez encore rester là à lire cette pauvre chronique qui tente, tant bien que mal, de rendre justice à ce livre. Si vous ne l'avez pas déjà lu, précipitez-vous sur ce roman et dévorez-le. Vous ne pourrez qu'adorer vous faire manipuler à votre tour. Et si vous l'avez déjà dévoré, relisez-le...

Le glamour (The Glamour) - Gallimard FolioSF - traduction de Michelle Charrier - 416 pages - F8 - D.L. : février 2012

note : IV

A.C. de Haenne

Chronique écrite dans le cadre du Challenge Lunes d'encre :


Commentaires

  1. J'avais bien aimé ce livre. Une belle réussite Priestinienne. lol

    Et tu peux aller sans crainte sur Le Prestige, excellent avec une ambiance... bref à lire !

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    1. J'y compte bien pour Le Prestige, dont j'avais beaucoup aimé l'adaptation. En plus, je l'ai en deux exemplaires : l'un chez FolioSF, dédicacé par le maître himself et l'autre dans la collection Lunes d'encre. Pas mal, non ?

      A.C.

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  2. Waouh! Et tu ne mets que 4 ?
    Très belle critique qui donne envie de foncer...

    Le seul point d'interrogation que j'ai et que tu évoques est sa possible proximité avec le Prestige. Je ne souhaiterais pas lire un truc dans la même veine.

    Bref, je suis très curieuse pour ta critique du Prestige afin de voir su je me jette sur la Glamour!

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    1. Rien à voir avec Le prestige.
      Je pense que A.C. de Haenne voulait dire que le procédé est "identique", mais on peut lire les deux romans qui sont dans des veines très différentes.

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    2. Oui, même si je n'ai vu que le film de Nolan, je pense que c'est très différent tout en abordant des thèmes très proches.

      Et, Lutin82, pourquoi 4 ? Tout simplement parce que c'est la note maximum !

      A.C.

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  3. Je suis d'accord avec toi, un très bon roman, comme chaque fois (ou presque) chez Priest.
    J'apporte une petite précision car je m'étais fait avoir : Le glamour est une réécriture dix ans plus tard du roman Le don paru en « Ailleurs et Demain ».
    Tu peux lire Le prestige même si tu te souviens du film, l'intrigue est différente.

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    1. Et Le Don se lit si on a lu Le Glamour ?

      Pour Le Prestige, c'est prévu...

      A.C.

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    2. J'ai lu Le don au siècle dernier, Le glamour il y a 10 ans. Tout cela est un peu loin dans ma mémoire.
      Il ne te reste plus qu'à lire les deux...

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    3. Je l'ai trouvé en poche, avec une drôle de couverture de Mme Paternoster, je verrai si j'ai un creux dans ma PàL...

      A.C.

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